Guillaume Duflot
L'esprit libre...
« Auschwitz est l’archétype du camp d’extermination ; c’est le plus grand, c’est celui qui comptera le plus de morts, c’est là que l‘extermination a vraiment été
industrielle »
F.
Bédarida, Le nazisme et le génocide, 1991, Nathan.
Professeur d’histoire, je ne me suis jamais posé la question de savoir si je devais emmener mes élèves a Auschwitz. Ma seule interrogation était de savoir quand.
Un voyage d’étude en Pologne en octobre 2005 avec des collègues de l’académie d’Amiens et d’anciens déportés a conforté le sentiment que je devais organiser ce voyage. La nécessité impérieuse de partager avec mes élèves ce que je venais de vivre s’est imposée d’elle-même.
Amener des élèves sur les lieux de la mémoire est un devoir que chaque enseignant de cette belle discipline devrait accomplir. Je trouve beaucoup de sens à cette démarche ; transmettre un savoir, expliquer, c’est aussi le montrer. Le sentiment n’est pas le même si l’on ne fait que voir, il faut aussi partager des émotions. Visiter Auschwitz, c’est comprendre l’histoire autrement, c’est transmettre la mémoire.
C’est donc l’accomplissement d‘un travail de plusieurs mois, une préparation minutieuse avec les élèves qui a conduit ce groupe composé de 55 élèves et 5 enseignants en Pologne du 17 au 19 janvier 2008, avec la visite du camp d’extermination d‘Auschwitz Birkenau.
En voyant ce camp de la mort dans toute son ampleur, dans tous ses détails, on peut se rendre compte à quel point cette organisation est le résultat de la raison la plus froide des nazis.
Auschwitz, c’est ce portail surmonté de la cynique et sinistre sentence Arbeit macht frei, les chambres à gaz, déguisées en salles de douche, les fours crématoires, les quais de gare à Birkenau où les déportés étaient triés - d'un côté ceux que les SS exterminaient tout de suite, de l'autre, ceux qui devenaient esclaves avant d'être réduits en cendres - les instruments de torture, les cellules sans aucune ouverture dans lesquelles on mourait asphyxié…
Toute cette industrie de l'horreur a été tellement filmée, photographiée, décrite que l’on croit la connaître, que l’on pense être préparé à ce que l’on va voir.
Pour autant, la nuit et le brouillard qui tombent en ce milieu d’après midi de janvier laissent planer les ombres de ceux qui ont vécu quelques heures dans ce camps ou…survécus ; le silence en m’éloignant quelques instants de mes élèves est pesant.
Au lendemain de mon retour, les souvenirs se bousculent dans ma tête, l’émotion reste vive. Je prends conscience de la dimension de ce que l’on vient tous de vivre : Auschwitz Birkenau n’a plus le même sens, les images des livres ont laissé la place à notre mémoire.
Un des moments les plus poignants de cette visite est la découverte à l‘intérieur des blocs de la mémoire des déportés : des milliers de chaussures, vêtements, valises, cheveux… rappellent l’extermination du peuple juif dans le camp.
Tous les collègues enseignants qui m’ont accompagné à Auschwitz-Birkenau sont unanimes pour souligner l’attitude des élèves. Ils ont eu une oreille attentive, il y a eu une très forte réceptivité, émotion de leur part à la découverte de ces lieux.
Ils pourront ainsi partager avec leurs camarades, leurs familles la force des émotions qu’ils ont ressenti, à quelles
atrocités l’intolérance peut-elle conduire ; à eux de devenir des messagers de la tolérance et de la paix.